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La Chaleur écrasante - chapitre 2

BESOIN d'UNE TRANSFUSION?

Les glaçons fusaient de la machine à fabriquer de la banquise miniature aux océans minuscules et colorés, entourés d’une paroi de verre elle-même serrée entre des doigts. Si les cubes de glace avaient mis ne serait-ce que quelques secondes de plus à franchir l’espace entre la gueule gelée et le liquide miroitant, ces cubes donc, auraient explosés sous les rayons solaires tels une planète frappée de plein fouet par un tir fulgurant et instantané d’une puissance titanesque. Cependant ces titans avaient bien mieux à faire : ils luttaient contre les lilliputiens du cosmos pour obtenir la place de bras droit armé, cuirassé de l’univers courroucé.
Roland, loin de ces préoccupations d’arbitrages cosmo-glaciatioires, cultivait son mini-jardin. Habitude que ses collègues avaient du mal à accepter, nourrissant plus l’envie de jouer une partie de tennis que de regarder pousser trois haricots rabougris.
Mais pour le corporatiste, nouveau surdoué* de sa génération, rien ne valait un retour aux sources.

Tandis qu’à des lieues de là, les paysans, les épaules et la nuque grillées sous la torture des rayons meurtriers, s’échinaient à exploiter des terres arides où la moindre goutte d’eau était engloutie dans les profondeurs de la terre...
loin de la métropole de San Francisco, M.Allan Pet, creusait des sillons pour ses pommes de terre ; sillons semblables à ceux creusant son visage depuis longtemps abîmés par un travail ardu et épuisant. Jusqu'à ce que son téléphone sonne.

Roland lui demandait une fois de plus des conseils pour que ses pauvres légumes veuillent bien sortir de la terre artificielle de son jardin. Les honoraires n’étaient pas excessifs, mais les résultats se révélaient souvent médiocres.
'Heureusement', pensait l’agriculteur, 'qu’il y a des intellos assez stupides pour me payer des fins de mois intéressantes'. Cette fois-ci, le ton de son payeur se faisait plus menaçant quant à la somme promise et pourtant si suppliant pour de meilleurs résultats. Ce coup-ci, le ton du payeur flottait entre la menace imminente inéluctable et le doute suppliant de celui qui malgré le schéma alambiqué livré avec l’étagère n’a toujours pas réussi à trouver quel bout de l’outil va avec ces deux choses pointues à tête plate. Roland était au bord de la crise de nerf.

« Vous avez encore arrosé en pleine chaleur ou mis de l'engrais pour fausses plantes, je vous dis. L’engrais PassÓ est toxique et l’eau non potable chez vous!!! ».
Des exclamations éclatèrent à l’autre bout . Le paysan écartait le téléphone pour ne pas devenir sourd. Cette fois, il ne le louperait pas. S’il ne faisait rien pour arranger la situation, et Allan avait besoin d’un pigeon, il verrait les ennuis arriver vite... Il promettait donc que la prochaine fois, il ne regretterait pas les résultats : Pet allait envoyer à son « ami » M.Roland Fust, un cocktail des plus rebondissant pour ses plantes.
« Vous verrez, elles pousseront vos plantes et votre terre se régénérera comme si elle était vivante... »

… On avait raccroché. Furieux et dégoulinant de sueur, le corpo passa à la douche avant de s’offrir un petit restaurant chinois au 26eme étage. C’était la nourriture qu’il préférait : les mexicains étaient trop relevés et les français trop lourds. Restait l’américain, mais justement il n’y avait plus d’américain, il suffisait de se servir à la parapharmacie en compléments alimentaires .
D'ailleurs il ne restait plus, des USA et de ses villes, qu'un champ de bataille pour les corporations et les « rebelles ». Des partisans jetés loin des pays sauvés des sauvageries économiques et industrielles. Dans cet endroit dirait-on, isolé, dans les rues de cet endroit, l’homme retrouvait la valeur d’un homme, rien de plus, rien de moins, juste un être fort ou faible. Parfois, des chiens affamés se nourrissaient dans le tas des poubelles humaines occupant les bâtiments désaffectés. Ainsi était le Dehors, sauvage, rendu dangereux par sa misère. Tandis qu’à l’intérieur de grands buildings douillets et rassurants, vivaient des corporatistes tous étroitement liés à leur entreprise. C’était là que Roland Fust passait ses journées, dans l’un des complexes architecturaux d’une « ville corporatiste », l’une des plus puissantes : SuperBob
Mais plus loin, loin des métropoles, les terres agricoles étaient exploitées par des agriculteurs n’utilisant plus de machines modernes trop coûteuses et inadaptées à une terre aussi dure et sèche qu’un... et bien, plus dure et sèche que n’importe quoi. Quant au monde, à la Terre elle-même, elle avait encore du mal à tourner rond. Entre les milliers de fusées envoyées chaque année dans l’espace qui lui donnaient le tournis, et l’épuisement du soleil, elle ne parvenait presque plus à vomir la lave à travers les sur-croûtes bétonneuses. Quant aux paysans, ils utilisaient des produits permettant, selon les conditions de faire pousser de merveilleux légumes grâce à quelques gouttes données avec soin et minutie alors que ceux-ci mêmes se gelaient l’hiver sans chauffage ni compassion de la part des autres. Et tout le monde s’en foutait.

Bref, c’était l’un de ces produits miracles que le paysan Allan Pet désirait désormais envoyer au pauvre corporatiste désespéré. Un « engrais hyper vivifiant et régénérateur, sous forme liquide pour un prix moindre ». Sa couleur rouge vif rappelait le sang, oui, le sang de ce « Roland » :
il le haïssait, comme il haïssait tout les corpo. Il avait décidé de se venger d’une autre manière de ces « sauvages au cerveau grillé ». Il fallait juste attendre, patiemment, rien qu’une petite semaine pour recevoir les premières nouvelles. Enfin, si tout marchait comme prévu…

Loin de l’aridité, au 36ème étage, Roland réfléchissait au projet qui venait de lui être confié par son supérieur. Un espèce de truc qui devrait « redonner des couleurs au monde que nous connaissons » répétait sans cesse ce dernier. Mais l’idée de créer des jardins ne plut pas… Et il mâchouillait tranquillement son steak régénéré au poivre vert.

Trois jours passèrent ainsi depuis le dernier coup de fil au paysan. Le quatrième, c’était le week-end, le courrier non urgent arrivait : il alla trouver au niveau 41 son casier. Il attendit d’être seul dans l’immense galerie où s’amassaient les « boîtes aux lettres » pour s’emparer de la fiole précieuse. Il savait qu’il n’avait pas le droit d’introduire des produits non 'contrôlés' dans l’immeuble, et il risquait fort de se voir jeter hors de la sécurisante « cité » pour se retrouver dans le 'Dehors' !
"Ca ne ferait de mal à personne de revoir de la Vraie verdure" se disait-il pour se rassurer. Mais savait-il ce qu’était de le Vraie verdure ? Généralement, ils utilisaient de fausses plantes ou pire, des illusions d’optique, très mal réussies et qui souvent ne duraient pas plus de dix heures seulement.

Suant de peur, il sortit de la galerie, camouflant du mieux qu’il pouvait le flacon de sang. Il choisissait les couloirs les moins fréquentés, parmi les centaines de possibilités, mais les moins utilisés étaient les plus étroits... Il ne lui restait plus que deux étages à gravir, mais il ne s’attendait pas à se retrouver dans un couloir aussi restreint en largeur et il priait (chose strictement interdite dans les corpos) pour ne rencontrer personne.
Et quand on prie, on est puni : alors, marchant le plus vite possible, quasi courant, il croisait les doigts. Désormais il voyait le bout du couloir, une centaine de pas au plus, mais à l’autre bout (du couloir toujours) une ombre obstrua la lumière, masse écrasante, intimidante, et relevant le regard, stupéfait de l’apparition, il poussa un petit cri d’étonnement "big shit!". Se tenait dans l’encadrement de la porte du fond, non pas un homme de la sécurité, mais juste... un bonhomme, jambes arquées, autant qu’elles le pouvaient, c’est à dire peu, un colt et un chapeau, un cigare BrintiÓ dans la gueule, les mains prêtes à bondir, nez de cochon, yeux bleus perçants. Une goutte perla à son front.
Et le « gros tas de lard mouvant » s’engagea dans le couloir. Aussi myope qu’une taupe, il transportait une odeur atroce, piquant les narines, chose autorisée mais peu appréciée. Roland, effrayé, se plaqua contre le mur, protégeant sa fiole. L’énorme bonhomme fonça, prenant un maximum de place dans l’étroit et soudain étouffant couloir. Le jeune homme perdit toute notion de temps et d’espace, protégeant sa fiole et s’aplatissant contre le mur ; tellement qu’il aurait pu s’y incruster à vie avec son rêve de belle plante verte.
L’homme aux envergures impressionnantes arrivait, il était aussi rouge qu’une tomate et sa tête aussi ronde qu’un ballon de basket. Il chargeait tel un cochon apeuré. Il passa à toute vitesse. Si vite qu’il faillit renverser Roland et sa fiole, voire l’écraser. Une partie du liquide coula sur l’homme bouffi par le poids de sa connerie (heureusement, connerie non universelle chez les bonnes grosses personnes). Tandis que la substance rougeâtre giclait sur la main du bonhomme, celui-ci donna une bourrade à l’insultante personne qu’il dépassait. Quand Roland rentrouvrit un œil, il vit un nain courant faisant « tactactac » avec ses chaussures sur le plastique, s’éloignant vers un autre passage.

Souffle coupé, une côte cassée, Roland se releva épuisé par l’événement, et bousculé par les émotions.

Dans sa main droite il tenait toujours la fiole d’où coulait un liquide couleur sang . il avait plaqué le flacon fendu sur la longueur contre sa chemise tachée de rouge. Choqué par la puanteur qui régnait dans ce lieu sombre, presque malsain désormais, Roland eut, l’espace d’un instant, l’envie de jeter au loin la fiole
‘Non!’ Pensa-t-il, tentant par la même occasion d’ordonner ses esprits. ‘Non !’ Les plantes, Ses plantes avaient besoin de ce produit miraculeux. Il serrait très fort la petite bouteille dans une main ferme et déterminée obstruant la fuite. Il pensait que ce qu’il tenait entre ses doigts lui avait, depuis toujours, été destiné.


Peut-être avait-il raison, mais le temps pressait. Il avança prudemment. Ayant fait quelques pas, sa vue se troubla. Plissant les yeux puis les refermant, rien n’y fit. De plus en plus dérouté, Roland fit un pas, un seul...
Une douleur lui déchira le crâne alors qu’il abaissait la poignée de la porte de son appartement. Il se tordait, impuissant, cognant contre la porte qui s’ouvrit, geignant. La souffrance qu’on lui infligeait était insupportable. Hurlant, le cerveau comme perforé, il s’écroula, la tête dans la baignoire, le cul en l’air. Qu’attendait-il ? Rien justement... Allongé dans le noir
« dans le noir ? », s’inquiéta-t-il. La surface sur laquelle il se trouvait était douillette, son lit vraisemblablement. Il retrouva la poire et alluma. Tout était gris et flou, sa vue s’ajusta, mais c’était encore gris, « pourquoi, simplement pourquoi ? » demanda-t-il à voix haute.

Un inquiétant silence lui répondit. Accablé de fatigue, Roland se rendormit dans un sommeil sans songe…
Il est une fois un point d’exclamation. Il mène sa petite vie tranquille, revigorant comme il se doit quelques fins de phrase par-ci par-là, les encourageant et leur redonnant le moral. C’est une vie pleine de surprises, il découvre chaque fois tout ce que l’on peut vouloir hisser haut et fort. Il vogue de de feuille en feuille, de bouche en bouche. Pour lui, le seul mystère reste ce début de phrase, parfois lointain, tantôt très proche, mais jamais assez pour comprendre sa genèse. Il lui arrive même d’être seul, trônant sur une ligne comme un phare, sur les bouches bée, mais pas les baies vitrées.

Et puis un jour, brandissant tout sa puissance, en chœur avec des collègues sur une phrase pas piquée des hannetons, il aperçoit une virgule. Très stylée, taillée pour le rebond d’un skieur ou d’un skateur. Il en a déjà vu, mais la vie d’un point d’exclamation amène tellement de surprises…. Sans compter sa quête sur l’origine des phrases jaillissant du néant.

Il lui prend l’envie de comprendre, de ressentir ce qu’une virgule vit, il s’en approche, lui parle, écoute, observe, mais il reste insatisfait comme il l’est toujours. C’est alors qu’il décide de l’imiter, il se courbe, se courbe encore, son point l’avertit mais il est trop tard. Crack !!!! aie ! Le voilà bloqué, tout tordu, impossible de reprendre sa ligne droite. Sa lumière éclaire le sol, comme un enquêteur à la recherche d’indice.

Bah, se dit-il, j’ai regardé le monde depuis le haut pendant tout ce temps et je n’ai jamais compris comment nait une phrase alors je devrais peut-être regarder plus bas.

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ArnaudBruneau
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:iconbluecaroline:
BlueCaroline Featured By Owner Nov 17, 2014  Hobbyist Traditional Artist
Merci Arnaud!

Rainbow Emote - NaNoEmo14 Day 3 
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:iconarnaudbruneau:
ArnaudBruneau Featured By Owner Nov 18, 2014  Professional Photographer
pour quoi ??
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:iconbluecaroline:
BlueCaroline Featured By Owner Nov 18, 2014  Hobbyist Traditional Artist
Pour le favoris surmon aquarelle: Doesn't have a title yet by BlueCaroline  

Emo4 
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:iconarnaudbruneau:
ArnaudBruneau Featured By Owner Nov 18, 2014  Professional Photographer
j'aime beaucoup celle-là oui :-), et en plus cette fois tu as changée, tu as laissée le style vertical de côté ;-)
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(1 Reply)
:iconptitjo:
ptitjo Featured By Owner Oct 24, 2014  Hobbyist General Artist
Merci pour le favori
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